Le décret n° 2026-139 du 27 février 2026, publié au Journal officiel du 28 février, crée un « Système d’information réclamations national » (SIRENA).
Ce dispositif vise à centraliser et organiser le traitement des réclamations et des signalements de maltraitance dans les secteurs sanitaire, social et médico-social.
L’objectif est légitime : améliorer la traçabilité des signalements, renforcer la coordination entre acteurs et sécuriser le suivi des situations.
Mais sur le terrain, une question s’impose : quelles conséquences pour les services départementaux de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ?
Une sollicitation supplémentaire des départements
Le dispositif prévoit que les signalements soient centralisés puis transmis aux autorités compétentes. Lorsque des mineurs sont concernés, les conseils départementaux — et donc les services de l’ASE — seront directement sollicités.
Concrètement, cela implique :
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la réception et l’analyse de signalements issus du système national ;
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la formalisation des suites données ;
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l’alimentation et la mise à jour d’un outil informatique dédié ;
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des échanges renforcés avec les ARS et les services de l’État ;
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la contribution à des remontées statistiques et bilans d’activité.
Ces obligations s’ajoutent aux missions actuelles des équipes.
Des services déjà sous pression structurelle
Partout en France, les services de l’ASE sont confrontés à :
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une augmentation constante des informations préoccupantes ;
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une complexification des situations familiales ;
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des tensions sur les capacités d’accueil ;
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des difficultés de recrutement et de fidélisation ;
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une charge administrative déjà importante.
Les cadres et professionnels de la protection de l’enfance exercent dans un environnement marqué par l’urgence, la responsabilité juridique et la pression émotionnelle.
Dans ce contexte, toute nouvelle procédure — même fondée sur un objectif d’amélioration du pilotage — représente une charge supplémentaire si elle n’est pas accompagnée de moyens adaptés.
Le risque : une intensification administrative
Le SNT CFE-CGC alerte sur un point central :
un outil national de traçabilité peut améliorer la coordination, mais il peut aussi accroître le temps consacré aux tâches administratives.
Or, la protection de l’enfance repose avant tout sur :
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la présence sur le terrain,
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l’évaluation fine des situations,
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la coordination humaine avec les partenaires,
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la stabilité des équipes.
Si la mise en œuvre de SIRENA conduit à multiplier les saisies, les comptes rendus formalisés et les échanges procéduraux sans renfort d’effectifs, l’impact sera direct sur la charge de travail des agents.
Une exigence : cohérence entre ambition et moyens
Le SNT CFE-CGC ne conteste pas la nécessité d’améliorer le traitement des signalements de maltraitance.
Mais nous affirmons un principe simple :
chaque réforme organisationnelle doit s’accompagner d’une évaluation de son impact sur la charge de travail et de moyens humains en conséquence.
La qualité du service public de protection de l’enfance dépend :
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du nombre de professionnels disponibles,
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de leurs conditions d’exercice,
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de leur capacité à consacrer du temps aux enfants et aux familles.
Un système d’information ne protège pas un enfant. Ce sont les professionnels qui le font.
Le SNT CFE-CGC restera vigilant
Nous serons attentifs :
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aux modalités concrètes de déploiement dans les départements ;
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à l’évaluation réelle de la charge supplémentaire ;
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aux engagements en matière de formation et d’effectifs.
La protection de l’enfance est un enjeu majeur.
Elle mérite des outils performants, mais surtout des équipes reconnues, soutenues et dotées des moyens nécessaires.
Le SNT CFE-CGC continuera de défendre une approche responsable : moderniser oui, fragiliser non.







