Le ton est monté d’un cran entre le gouvernement et les syndicats de la fonction publique. Dans un communiqué commun publié le 20 mars 2026, l’ensemble des organisations représentatives – CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP – réclament le « retrait immédiat » du projet de réforme du temps partiel thérapeutique (TPT). Un dispositif pourtant considéré comme essentiel pour la santé des agents.
Un dialogue social à l’arrêt
Les discussions ont rapidement tourné court. Dès la première réunion, le 5 février, les syndicats ont quitté la table. Une seconde tentative, le 17 février, n’a pas permis de renouer le dialogue. Depuis, les échanges sont suspendus.
Face à ce blocage, les organisations syndicales ont choisi de hausser le ton. Leur communiqué dénonce « fermement » une réforme jugée « inacceptable » et marque une rare unanimité du front syndical.
Un dispositif au cœur des enjeux de santé
Le temps partiel thérapeutique permet à un agent de reprendre progressivement son activité après un problème de santé, tout en restant rémunéré en partie. Amélioré en 2021 à l’issue de négociations, il est aujourd’hui présenté par les syndicats comme un outil clé pour éviter les ruptures professionnelles.
« C’est un dispositif de prévention », rappellent-ils, soulignant qu’il permet de maintenir dans l’emploi des agents fragilisés plutôt que de les conduire vers des arrêts longs ou des sorties définitives du service.
Une réforme au nom de la gestion
De son côté, le gouvernement met en avant un autre objectif : mieux encadrer un dispositif dont le recours a augmenté ces dernières années. L’idée est de rendre son fonctionnement plus lisible et plus prévisible, tant pour les employeurs publics que pour les agents.
Parmi les pistes évoquées :
- un délai de 30 jours pour accorder le TPT,
- un entretien préalable entre l’agent et l’employeur,
- une modification des règles de reconstitution des droits.
Pour l’exécutif, il s’agit de mieux organiser la continuité du service et d’éviter les dérives.
« Un recul des droits », dénoncent les syndicats
Ces propositions suscitent une opposition frontale. Les syndicats y voient une remise en cause du droit à la santé au travail.
Ils redoutent notamment :
- des pressions sur les agents via l’entretien préalable,
- une remise en cause implicite des prescriptions médicales,
- un accès plus difficile au dispositif.
« Sans bilan sérieux ni analyse des causes du recours au TPT », critiquent-ils, accusant le gouvernement de vouloir restreindre un droit plutôt que traiter les conditions de travail.
Un enjeu d’égalité professionnelle
Autre point sensible : l’impact sur les femmes. Les syndicats rappellent qu’elles représentent 64 % des agents publics et occupent davantage de postes exposés à la pénibilité.
Selon eux, la réforme pourrait aggraver des inégalités déjà existantes, notamment en matière de santé et de rémunération. Une critique d’autant plus forte qu’un accord sur l’égalité professionnelle est actuellement en discussion.
Deux visions irréconciliables
Au-delà des mesures techniques, le conflit révèle une divergence de fond.
Pour les syndicats, le temps partiel thérapeutique est avant tout un outil de protection de la santé, fondé sur la décision médicale.
Pour le gouvernement, il doit aussi devenir un outil de gestion des ressources humaines, encadré pour garantir le bon fonctionnement des services publics.
Et maintenant ?
À ce stade, le dossier est au point mort. Le gouvernement attend la nomination d’un ministre délégué pour relancer le sujet, tandis que les syndicats maintiennent la pression.
Une chose est sûre : sans évolution du projet ou reprise du dialogue, le conflit pourrait s’inscrire dans la durée.







