Depuis plusieurs années, l’État affirme faire de la protection de l’enfance une priorité nationale. Plans d’action successifs, rapports parlementaires, annonces ministérielles : la volonté politique est clairement affichée. Pourtant, sur le terrain, un paradoxe s’installe. Le nombre et la place des assistants familiaux (ASSFAM), pilier historique de l’accueil familial, ne cessent de reculer.
Une priorité nationale… largement déléguée aux départements
La protection de l’enfance relève juridiquement d’une compétence décentralisée, confiée aux conseils départementaux, sous le cadre fixé par l’État (Code de l’action sociale et des familles, articles L221-1 et suivants).
L’État définit les orientations générales, mais les moyens humains et organisationnels reposent sur les départements.
📌 Source :
-
Ministère des Solidarités, Protection de l’enfance (page institutionnelle)
Le recul mesuré de l’accueil en famille
Les données statistiques confirment une diminution structurelle de l’accueil familial.
Selon la DREES, la part des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance accueillis chez des assistants familiaux est passée :
- d’environ 56 % en 2006
- à 36 % en 2022–2023
Ce recul n’est pas lié à une baisse globale des placements : le nombre total d’enfants suivis par l’ASE augmente, mais l’accueil se fait de plus en plus en établissements collectifs.
📊 Source :
-
DREES, L’aide sociale à l’enfance – édition 2024, ministère des Solidarités, 2024
➡️ Il s’agit donc d’un changement de modèle, non officiellement assumé mais statistiquement établi.
Une profession en tension et en perte d’attractivité
Les rapports institutionnels convergent : le métier d’assistant familial se fragilise.
Plusieurs facteurs expliquent une forme de désaffection progressive :
- Isolement professionnel (travail seul, Ă domicile) ;
- Charge émotionnelle très élevée liée aux parcours traumatiques des enfants ;
- Frontière floue entre vie professionnelle et vie privée ;
- Manque de reconnaissance dans les équipes pluridisciplinaires ;
- Rémunérations et droits hétérogènes selon les départements ;
- Vieillissement marqué de la profession, sans renouvellement suffisant.
đź“„ Sources convergentes :
- IGAS, La protection de l’enfance, rapport, 2020
- Cour des comptes, La protection de l’enfance, rapport public, 2020
- Sénat, Rapport d’information n° 674, Protection de l’enfance : sortir de la crise, 2022
Ces conditions conduisent certains professionnels à réduire leur agrément ou à quitter le métier, accentuant la pénurie.
Un paradoxe politique persistant
Alors que les pouvoirs publics affirment vouloir mieux protéger les enfants, la réalité est la suivante :
- l’accueil familial recule ;
- les assistants familiaux se raréfient ;
- les structures collectives sont sous tension ;
- les professionnels alertent sur une crise de sens et de conditions de travail.
📌 Comme le souligne le Sénat, la crise actuelle n’est pas seulement budgétaire : elle est organisationnelle, humaine et professionnelle.
En conclusion
La protection de l’enfance ne peut se résumer à des annonces ou à des plans nationaux.
Sans reconnaissance réelle du métier d’assistant familial, sans amélioration durable des conditions d’exercice et sans soutien institutionnel renforcé, l’accueil familial continuera de se réduire, au détriment des enfants les plus vulnérables.
La question n’est donc pas seulement celle des places, mais celle du choix de société que représente l’accueil des enfants protégés.
🎯 Le SNT estime que la protection de l’enfance ne peut reposer sur des professionnels fragilisés : protéger les enfants, c’est aussi protéger celles et ceux qui les accueillent au quotidien.


Depuis plusieurs années, l’État affirme faire de la protection de l’enfance une priorité nationale. Plans d’action successifs, rapports parlementaires, annonces ministérielles : la volonté politique est clairement affichée. Pourtant, sur le terrain, un paradoxe s’installe. Le nombre et la place des assistants familiaux (ASSFAM), pilier historique de l’accueil familial, ne cessent de reculer.




