Six points d’indice supplémentaires : voilà la proposition du gouvernement pour relever le minimum de traitement au 1er janvier 2027. Mais derrière l’annonce, une réalité demeure : ce relèvement ne suffit pas à supprimer l’indemnité différentielle et laisse, pour les fonctionnaires affiliés à la CNRACL, une partie de la rémunération nécessaire pour atteindre le Smic hors de la base de calcul de leur pension. www.banquedesterritoires.fr
Le passage annoncé de l’indice majoré 366 à 372 représente 29,54 € bruts mensuels de traitement supplémentaire, à temps complet et à la valeur actuelle du point. Mais présenter ces six points comme un gain de pouvoir d’achat serait trompeur pour les agents dont le traitement reste inférieur au Smic : ce qui augmente sur la ligne « traitement indiciaire » diminue sur la ligne « indemnité différentielle ». À situation identique, le total brut de ces deux éléments reste inchangé tant que le traitement ne dépasse pas le Smic. www.service-public.gouv.fr
Une fiche de paie dont on déplace les montants n’est pas une réponse à la faiblesse des salaires.
À la valeur actuelle du point, l’indice 372 correspond à 1 831,27 € bruts par mois. Or Service Public indique un Smic mensuel brut de 1 867,02 €. Le calcul est simple : il manque encore 35,75 €. Pour un agent à temps complet rémunéré au minimum, sans avantages en nature, l’indemnité différentielle resterait donc nécessaire, à paramètres constants. Et ce calcul ne préjuge pas du montant du Smic au 1er janvier 2027. www.service-public.gouv.fr
L’annonce selon laquelle 400 000 agents pourraient dépasser le Smic doit donc être précisée. Le seul passage du minimum à 372 ne permet pas d’obtenir ce résultat avec les montants actuellement publiés. Les éventuels points supplémentaires attribués dans les premiers échelons devront être détaillés avant de pouvoir mesurer les effets réels pour chaque agent. Le chiffre des 400 000 bénéficiaires est rapporté par Localtis dans son compte rendu du rendez-vous salarial du 2 octobre 2026. www.banquedesterritoires.fr
Mais la question la plus lourde se pose au moment de la retraite.
Pour les fonctionnaires territoriaux relevant de la CNRACL, l’indemnité différentielle n’est pas soumise à retenue pour pension. Le traitement indiciaire, lui, l’est. Transformer une partie de cette indemnité en traitement constitue donc une amélioration de l’assiette de retraite. Mais tant qu’une indemnité subsiste, cette part de rémunération demeure exclue de cette assiette. www.legifrance.gouv.fr
Voilà ce que l’annonce ne doit pas faire oublier : une somme nécessaire pour atteindre le minimum salarial ne bénéficie pas de la même reconnaissance pour la retraite selon qu’elle figure en traitement ou en indemnité. Les six points proposés réduisent cet écart ; ils ne le suppriment pas.
Cette critique concerne les fonctionnaires affiliés à la CNRACL. Pour les contractuels, l’indemnité différentielle est déjà soumise aux cotisations du régime général et de l’Ircantec : les conséquences sur la retraite sont donc différentes. www.service-public.gouv.fr
Pour le SNT, les agents n’ont pas besoin d’un effet d’annonce. Ils ont besoin d’un traitement qui permette de vivre et qui soit pleinement reconnu pour leur retraite.
Relever le plancher sans régler durablement le recours à l’indemnité différentielle laisse le problème en place. La réponse doit aller au-delà de six points : résorber cette indemnité par une revalorisation du traitement, reconstruire les grilles et rendre à l’ancienneté, aux qualifications et aux responsabilités leur traduction salariale.
Atteindre le Smic ne peut pas devenir l’horizon d’une carrière dans le service public. Et une rémunération minimale ne devrait pas se construire avec une part laissée hors du calcul de la pension.
Sources : DILA — Service Public, « Traitement indiciaire dans la fonction publique », fiche vérifiée le 1er juin 2026 ; décret n° 91-769 du 2 août 1991, articles 1 et 2, version en vigueur consultée le 7 octobre 2026 ; Thomas Beurey avec AFP — Localtis, article du 2 octobre 2026.







