Réforme 2025 du DEASS (Assistant de service social) : ce qui change, ce que ça implique, et la vision du SNT (Syndicat National des Territoriaux)
La réforme dite “2025” du diplôme d’État d’assistant de service social (DEASS) a été formalisée par l’arrêté du 6 octobre 2025, publié au Journal officiel, avec une entrée en vigueur fixée au 1er septembre 2026.
Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de refonte des diplômes d’État de niveau 6 du travail social (ASS, ES, EJE, ETS, CESF), visant une meilleure lisibilité des compétences, des passerelles renforcées et un tronc commun plus conséquent.
Pour le Syndicat National des Territoriaux (SNT), cette réforme est une opportunité… à condition de ne pas se limiter à un changement de référentiels. Elle doit se traduire concrètement par des moyens, des conditions d’accueil en stage et d’exercice professionnel, et une reconnaissance statutaire à la hauteur des responsabilités assumées par les assistants sociaux, notamment au sein des collectivités.
Le nouveau cadre : dates, architecture, volumes
Une entrée en vigueur en 2026, avec transition jusqu’en 2028
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L’arrêté entre en vigueur le 1er septembre 2026.
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Les dispositions antérieures (arrêté de 2018) sont abrogées à l’issue de la session d’examen 2028, avec des règles transitoires pour les étudiants déjà engagés.
Une formation de 3 ans structurée et quantifiée
Pour un parcours complet, la formation est fixée à 3 442 heures sur 3 ans (6 semestres), comprenant :
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1 517 heures de formation théorique (dont accompagnement individualisé),
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1 925 heures de formation pratique, soit 55 semaines de stage.
L’arrêté mentionne explicitement :
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un enseignement de langue vivante étrangère,
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un enseignement relatif aux pratiques informatiques et numériques.
Stages : séquençage et exigences d’encadrement
La formation pratique est pensée en périodes :
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1re période : 9 à 13 semaines sur les deux premiers semestres (découverte et champs d’application),
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2e et 3e périodes : 42 à 46 semaines, sur 2 à 3 sites qualifiants.
L’encadrement est cadré : les périodes longues doivent être encadrées, pour au moins les deux tiers, par un référent titulaire du DEASS (ou à défaut un diplôme de niveau équivalent ou supérieur, selon conditions).
Le cœur de la réforme : 4 blocs de compétences
La réforme bascule clairement vers une logique “certification par blocs”, avec 4 blocs non hiérarchisés.
Les intitulés du DEASS dans l’arrêté sont les suivants :
- BC1 : Concevoir et conduire un accompagnement social favorisant l’insertion sociale et l’amélioration des conditions de vie.
- BC2 : Favoriser et soutenir l’autodétermination des individus et des collectifs dans un but d’émancipation.
- BC3 : S’inscrire dans une dynamique partenariale et territoriale en lien avec la mise en œuvre des politiques de cohésion sociale.
- BC4 : S’inscrire dans un contexte professionnel du travail social.
Ce point est majeur : il ne s’agit pas seulement de renommer des contenus, mais de repositionner le métier autour :
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de l’accompagnement social global (BC1),
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de l’émancipation / pouvoir d’agir (BC2),
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de la territorialisation et du partenariat (BC3),
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de l’identité professionnelle et de l’environnement de travail (BC4).
Ce que la réforme change “en vrai” pour les étudiants… et pour les collectivités
Des parcours plus modulaires… et des validations partielles possibles
Le jury peut délivrer une validation partielle si tous les blocs ne sont pas acquis, en précisant ceux validés.
C’est aussi un signal fort pour :
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la reprise d’études,
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les mobilités,
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la VAE et les parcours individualisés (avec entretien de positionnement quand on vise “un ou plusieurs blocs”).
Un impact direct sur les employeurs territoriaux : l’accueil en stage et la professionnalisation
55 semaines de stage, c’est massif. Pour les collectivités, cela veut dire :
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davantage de demandes de sites qualifiants,
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des besoins de tuteurs formés,
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du temps dégagé pour la transmission (sinon, le stage devient de la “production déguisée”, au détriment de la qualité et du service rendu).
La vision et les propositions du SNT : transformer la réforme en progrès social
Le SNT soutient l’objectif d’une formation modernisée et lisible. Mais il alerte : une réforme de diplôme sans réforme des conditions d’exercice peut produire l’effet inverse de celui recherché (démotivation, fuite vers d’autres secteurs, perte d’attractivité).
Priorité 1 : Reconnaître le métier dans la fonction publique territoriale
La réforme réaffirme un socle de compétences exigeant (autodétermination, partenariat territorial, politiques de cohésion sociale). Cela doit se traduire par :
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une reconnaissance statutaire cohérente avec un niveau 6 et des responsabilités d’évaluation, de coordination, de protection des publics,
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des parcours professionnels lisibles (expertise, coordination, encadrement),
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une réflexion sur l’attractivité : rémunération, déroulés de carrière, accès à la formation continue.
Priorité 2 : Sécuriser l’accueil en stage : du temps, des moyens, une vraie politique tutorale
Le SNT porte l’idée simple : un stage de qualité se finance.
Concrètement, cela suppose dans les collectivités :
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du temps de tutorat reconnu dans la charge de travail,
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de la formation des référents,
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des objectifs de stage réalistes, compatibles avec la continuité du service public,
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et une prévention stricte des dérives (stagiaires utilisés comme variables d’ajustement).
Priorité 3 : Protéger la qualité de l’accompagnement : secret pro, charge de travail, complexité
L’arrêté rappelle le cadre d’intervention et les exigences liées au secret professionnel.
Pour le SNT, cela doit s’accompagner d’engagements employeurs sur :
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des files actives soutenables,
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des organisations qui permettent l’analyse, l’écriture professionnelle, le travail partenarial (BC3) – pas seulement “faire du flux”,
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un appui managérial et juridique sur les situations complexes (protection de l’enfance, violences, expulsions, santé mentale, etc.).
Priorité 4 : Faire du “numérique” un outil, pas une contrainte
Le numérique est intégré explicitement dans la formation.
Le SNT défend une ligne claire :
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oui à la modernisation (démarches, interopérabilité, gain de temps),
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non à la déshumanisation (zéro accueil, tout formulaire),
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et protection renforcée des données (confidentialité, accès, traçabilité), car l’action sociale manipule des informations parmi les plus sensibles.
Conclusion : une réforme à réussir collectivement (État, écoles, employeurs, terrain)
La réforme 2025 du DEASS donne un cadre robuste : 3 ans / 3 442 h / 55 semaines de stage, une architecture en 4 blocs, une montée en puissance du partenariat territorial et une volonté de renforcer la professionnalisation.
La position du SNT est pragmatique :
La réussite de la réforme se jouera dans les collectivités, au quotidien, sur la capacité à :
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accueillir correctement les étudiants,
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stabiliser les équipes,
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reconnaître l’expertise des assistants sociaux,
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et garantir des conditions d’exercice compatibles avec l’éthique et la qualité du service public.







