Il y a des questions que l’agent public se pose en silence, entre deux mails, trois parapheurs et une réunion Teams dont personne ne connaît vraiment l’ordre du jour.
Par exemple : peut-on regarder une étape du Tour de France ou un match de foot pendant le travail sans risquer de finir au tableau d’affichage RH ?
Réponse courte : mieux vaut éviter pendant le temps de travail effectif.
Réponse longue : installez-vous confortablement, mais pas trop longtemps quand même.
Le maillot jaune, oui. L’abandon de poste, non.
Le principe est assez simple : pendant son temps de travail, un agent est censé être à la disposition de son employeur. Il doit accomplir ses missions, suivre les consignes et ne pas se consacrer à ses occupations personnelles.
Autrement dit, regarder le sprint final dans les lacets de l’Alpe d’Huez ou suivre un penalty décisif pendant qu’on est censé traiter un dossier, accueillir du public, surveiller un site, conduire un véhicule ou intervenir sur le terrain, ce n’est pas exactement dans la fiche de poste.
Même si, reconnaissons-le, certaines arrivées d’étapes sont parfois plus palpitantes qu’un tableau de suivi budgétaire.
La pause, ce merveilleux espace de liberté
Bonne nouvelle : tout n’est pas interdit. Pendant la pause méridienne ou une vraie pause, l’agent peut évidemment souffler, discuter, consulter son téléphone, regarder un résumé sportif ou suivre quelques minutes d’un événement.
À condition, bien sûr, que la pause soit réelle. Si vous êtes officiellement en pause mais qu’on vous demande de rester disponible immédiatement, l’affaire peut devenir plus subtile. Le droit adore les subtilités. Les RH aussi.
Le bon réflexe : éviter l’écran clandestin sous le bureau façon mission secrète. La discrétion façon espionnage administratif n’a jamais été une grande stratégie syndicale.
“Juste cinq minutes” : la phrase qui peut coûter cher
Le problème, c’est rarement le sport en lui-même. Le problème, c’est ce qui se passe autour.
Regarder deux minutes le score sur son téléphone n’a pas la même portée que bloquer son activité pendant deux heures, détourner un écran professionnel, monopoliser la bande passante, laisser un accueil sans réponse, retarder une intervention ou négliger une mission de sécurité.
Dans certains métiers, la vigilance est permanente. Un agent chargé de surveillance, de sécurité, de conduite, d’accueil du public, d’encadrement d’enfants, d’intervention technique ou de soins n’est pas dans la même situation qu’un agent qui jette brièvement un œil à un score entre deux tâches, sans conséquence sur le service.
Le droit disciplinaire regarde donc le contexte. Et le contexte, c’est souvent là que le match se joue.
Sanction possible : carton jaune, carton orange ou carton rouge ?
Oui, une sanction est possible.
Cela peut aller du simple rappel à l’ordre à l’avertissement, au blâme, à l’exclusion temporaire de fonctions, voire à des sanctions plus lourdes dans les cas graves.
Pour un fonctionnaire, la sanction ultime peut être la révocation. Pour un agent contractuel, cela peut aller jusqu’au licenciement disciplinaire.
Mais attention : une sanction doit être proportionnée. On ne traite pas de la même manière un agent qui consulte discrètement le score pendant trente secondes et un agent qui transforme son poste de travail en fan-zone improvisée pendant toute une mi-temps.
Le principe est simple : plus l’activité personnelle perturbe le service, met en danger des personnes, viole une consigne ou se répète malgré des rappels, plus le risque disciplinaire augmente.
Le matériel professionnel n’est pas une tribune présidentielle
Autre point sensible : l’usage du matériel professionnel.
Un ordinateur, une tablette, une messagerie, une connexion Internet ou un écran de service ne sont pas mis à disposition pour suivre le classement général, commenter la VAR ou vérifier si le latéral gauche “avait vraiment couvert”.
Une utilisation personnelle raisonnable des outils informatiques peut être tolérée, mais cette tolérance dépend des règles internes, de la charte informatique et de l’absence d’impact sur le service.
En clair : si votre collectivité a une charte informatique, lisez-la. Oui, c’est moins amusant qu’un multiplex. Mais en cas de problème, c’est souvent elle qui entre sur le terrain.
Et si la hiérarchie autorise ?
Là, c’est différent.
Certaines collectivités peuvent organiser un moment convivial, diffuser un match important en salle de pause, autoriser une consultation raisonnable ou adapter temporairement l’organisation du service.
Quand c’est clair, validé et encadré, le risque baisse nettement.
Le vrai danger, c’est l’improvisation individuelle : “J’ai pensé que c’était bon parce que tout le monde le faisait.” Juridiquement, cette phrase a rarement gagné la Coupe du monde.
Les bons réflexes pour éviter le carton disciplinaire
- Premier réflexe : regarder uniquement pendant les pauses.
- Deuxième réflexe : ne jamais laisser une mission prioritaire en plan.
- Troisième réflexe : ne pas utiliser le matériel professionnel si cela est interdit ou non prévu.
- Quatrième réflexe : demander une autorisation si l’événement est particulier et collectif.
- Cinquième réflexe : se rappeler qu’un employeur peu tolérant peut transformer une petite imprudence en procédure disciplinaire, surtout s’il existe déjà des tensions ou des antécédents.
Le mot du SNT
Le SNT ne va pas vous dire que le Tour de France, l’Euro, la Coupe du monde ou Roland-Garros n’existent pas. Nous vivons dans le monde réel, pas dans un règlement intérieur plastifié sous vide.
Mais nous rappelons une chose simple : le temps de travail reste du temps de travail. La pause, elle, reste la pause. Entre les deux, il vaut mieux éviter de confondre son poste avec une loge VIP.
Notre position est claire : les agents doivent être respectés, les règles doivent être connues, les sanctions doivent être proportionnées, et le dialogue doit toujours être privilégié.
Alors oui, on peut aimer le sport. Oui, on peut vibrer pour une échappée, un but à la 93e minute ou un contre-la-montre historique.
Mais au travail, mieux vaut garder les yeux sur ses missions.
Et réserver les prolongations pour la pause.
Sources
- Le Code du travail définit le temps de travail comme un temps où le salarié est à disposition de l’employeur et ne peut pas vaquer à ses occupations personnelles.
- Le décret du 25 août 2000 pose le même principe pour les agents publics.
- Le Code général de la fonction publique prévoit qu’une faute commise dans le service peut entraîner une sanction disciplinaire.
- La sanction doit rester proportionnée aux faits : regarder quelques secondes un score n’a pas la même gravité qu’abandonner son poste pour suivre un match.
- La CNIL rappelle que l’usage personnel des outils informatiques peut être toléré s’il reste raisonnable et sans impact sur le service.







