Le malaise grandit chez les agents territoriaux face au tassement des grilles salariales
La nouvelle hausse automatique du SMIC attendue au 1er juin 2026 pourrait accentuer un phénomène déjà largement dénoncé dans la fonction publique territoriale : l’écrasement progressif des carrières des agents publics locaux.
Depuis plusieurs années, les revalorisations successives du salaire minimum rapprochent de plus en plus les traitements indiciaires territoriaux du niveau du SMIC. Mais selon plusieurs organisations syndicales, la situation atteint désormais un seuil critique, y compris pour certains débuts de carrière de catégorie B.
Des débuts de carrière quasiment au niveau du SMIC
Avec la valeur actuelle du point d’indice, le futur niveau du SMIC correspondrait à un indice majoré avoisinant l’IM 380.
Or de nombreux premiers échelons de la fonction publique territoriale restent situés sous ce seuil ou très proches de celui-ci. Plusieurs grades débutent encore à des indices tels que :
- IM 366 ;
- IM 373 ;
- IM 376.
Résultat : l’administration doit compenser l’écart via une indemnité différentielle afin de garantir le respect du salaire minimum légal.
Dans les faits, de nombreux agents constatent que plusieurs années d’ancienneté produisent désormais très peu d’effet sur leur rémunération réelle.
« Les progressions de carrière deviennent presque invisibles sur la fiche de paie », dénoncent plusieurs représentants syndicaux territoriaux.
Les agents de catégorie C en première ligne
Le phénomène touche particulièrement les métiers de catégorie C, qui représentent une large part des effectifs territoriaux.
Sont notamment concernés :
- les adjoints administratifs ;
- les adjoints techniques ;
- les ATSEM ;
- les agents sociaux ;
- les agents des routes ;
- les agents d’entretien ;
- les personnels de restauration ;
- les agents d’accueil.
Dans certaines grilles, quasiment tous les premiers échelons se retrouvent désormais alignés sur le SMIC ou compensés artificiellement par l’indemnité différentielle.
Pour de nombreux agents, cette situation nourrit un sentiment de déclassement.
« Comment accepter qu’un agent ayant dix ou quinze ans d’expérience soit rémunéré presque comme un nouvel arrivant ? », interroge le Syndicat National des Territoriaux (SNT).
La catégorie B désormais concernée
Autre évolution jugée préoccupante : le tassement salarial gagne désormais certains cadres d’emplois de catégorie B.
Dans la filière technique, les premiers échelons des techniciens territoriaux et des techniciens principaux de 2e classe se situent eux aussi autour des indices absorbés par la hausse du SMIC.
Même constat dans certaines filières administratives, notamment chez :
- les rédacteurs territoriaux ;
- les rédacteurs principaux ;
- les animateurs territoriaux.
Pour les syndicats, cette situation fragilise l’attractivité des concours et des métiers publics locaux.
Les collectivités peinent déjà à recruter des profils qualifiés dans les secteurs techniques, administratifs ou de l’encadrement intermédiaire. L’effacement progressif des écarts de rémunération entre catégories pourrait accentuer ces difficultés.
Un contexte salarial déjà tendu
Cette nouvelle hausse du SMIC intervient alors que les agents territoriaux font déjà face à plusieurs années de forte inflation.
À ce stade, aucun dispositif de reconduction de la GIPA (garantie individuelle du pouvoir d’achat) n’a été annoncé pour 2026. Une absence qui inquiète particulièrement les syndicats.
Pour beaucoup d’agents, le cumul est difficile :
- stagnation indiciaire ;
- hausse du coût de la vie ;
- absence de compensation salariale exceptionnelle ;
- sentiment de perte de reconnaissance.
Le SNT réclame une reconstruction des grilles salariales
Face à cette situation, le Syndicat National des Territoriaux appelle à une « véritable reconstruction salariale » de la fonction publique territoriale.
Le syndicat revendique notamment :
- une revalorisation immédiate des premiers indices ;
- une reconstruction des grilles des catégories C, B et A ;
- le maintien d’écarts cohérents entre les niveaux de responsabilité ;
- une meilleure reconnaissance de l’expérience professionnelle.
Le SNT insiste également sur la nécessité de revoir les critères du régime indemnitaire, notamment dans le cadre de l’IFSE, afin de mieux valoriser l’expérience professionnelle (fiche revendicative).
Le SNT demande donc l’ouverture de négociations collectives dans toutes les collectivités où l’expérience professionnelle n’est toujours pas réellement prise en compte dans le cadre de l’IFSE.
Pour le SNT, il n’est plus acceptable que des agents disposant de nombreuses années d’expérience, de compétences reconnues et d’un fort investissement professionnel perçoivent un régime indemnitaire quasiment identique à celui d’agents nouvellement recrutés.
La reconnaissance de l’expérience professionnelle doit désormais devenir un véritable critère de différenciation du régime indemnitaire.
Cette évolution constitue aujourd’hui une nécessité pour :
- préserver l’attractivité de la fonction publique territoriale ;
- reconnaître les parcours professionnels ;
- maintenir des écarts cohérents de rémunération ;
- redonner du sens aux carrières ;
- limiter les effets de l’écrasement des grilles indiciaires.
Une indemnité jugée insuffisante
Aujourd’hui, l’indemnité différentielle permet juridiquement de garantir qu’aucun agent public ne soit rémunéré sous le niveau du SMIC.
Mais pour les représentants des personnels SNT, cette mesure ne règle pas le problème de fond.
Ils estiment qu’elle masque artificiellement l’effondrement progressif des grilles indiciaires, sans véritable revalorisation des carrières ni amélioration durable des pensions futures.
Alors que les collectivités territoriales doivent déjà faire face à des difficultés croissantes de recrutement et de fidélisation, plusieurs organisations syndicales alertent désormais sur un risque plus large : celui d’une perte durable d’attractivité du service public territorial.








Bravo à Stéphane et à l’équipe des Vosges pour en particulier cet article consacré à l’écrasement des grilles. Les conséquences de cet écrasement sont bien décrites ici. C’est un véritable enjeux pour l’avenir et j’espèe bien que cette affaire va ressortir prochainemnt.